1. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur matin
Jeanne d’Arc, prisonnière de l’Église catholique depuis plusieurs mois, est allongée sur le lit de camp militaire qui forme avec un simple tabouret de bois l’unique mobilier de la pièce du château de Rouen dont on a fait pour elle une cellule. Jeanne est totalement immobile ; enfouie sous une grossière couverture, on la devine plus qu’on ne la voit. Dans la lourde porte de bois qui ferme la pièce, plusieurs ouvertures circulaires ont été percées, qui permettent d’observer la prisonnière. Celle-ci n’offre cependant que peu de choses aux regards de ses geôliers. Depuis des mois, elle reste pour eux une énigme opaque.
Presque chaque jour, les juges qui instruisent son dossier — Pierre Cauchon l’évêque de Beauvais, le vice-inquisiteur Jean Lemaître, le promoteur Jean d’Estivet et le substitut Jean Beaupère — se réunissent devant la porte de la cellule de Jeanne dans l’espoir de faire avancer l’affaire du procès ; dans l’espoir de mieux comprendre, au travers de ses gestes ou de son attitudele, le système de la foi de Jeanne ; dans l’espoir de saisir, à la faveur d’un instant de faiblesse un aveu, une supplique, un cri. Mais Jeanne ne faiblit pas. Encore moins crie-t-elle. C’est sans un mot qu’elle accepte la sévérité, les privations et la violence de la prison. Celle qui bondissait, rugissait, flamboyait entourée de ses soldats sur les champs de bataille, celle dont le moindre murmure au milieu des combats faisait reculer mieux qu’une charge de cavalerie les troupes ennemies, est devenue une jeune femme simple à l’apparence renfermée et pâle. Et muette.
Il est clair à présent pour les juges que Jeanne ne livrera rien à rester ainsi plus longtemps :
Jean Lemaître, l’inquisiteur : — Que fait elle ?
D’Estivet, le promoteur : — Elle est allongée. Je crois qu’elle ne dort pas.
Jean Beaupère, le substitut, se lance dans une tirade amère qui menace de virer à l’imprécation : — Bien sûr elle ne dort pas ! Je ne l’ai jamais vue dormir. Elle ne dort jamais. Elle ne fait aucune différence entre le jour et la nuit.
D’Estivet l’interrompt sans ménagement, indifférent à son discours, pour poursuivre calmement son dialogue avec Jean Lemaître : — Ça fait des mois que nous l’observons, et rien.
Jean Lemaître : — Aucune allégeance, aucun repentir : rien ?
D’Estivet : — Non rien. Rien de sa part. Silence. En revanche les témoignages reçus d’Orléans, de Chinon et d’autres villes de France sont fermes. Et ils s’accordent : à les en croire, nous avons affaire à une sainte.
Jean Lemaître : — Les croyez-vous ?
D’Estivet : — Plus les jours passent derrière cette porte et plus je les crois.
Jean Lemaître : — Vous savez comme moi qu’elle a commis des fautes graves. Des fautes contre l’Église qu’on ne saurait accepter.
D’Estivet : — C’est notre devoir de la sauver.
Jean Lemaître : — Le reste des juges et des assesseurs est arrivé aujourd’hui. Il faut que le procès commence.
2. La salle d’audience — intérieur jour
Jeanne fait son entrée dans la salle du château transformée le temps du procès en salle d’audience. Le public, exclusivement composé des assesseurs ― clercs, prélat, notaires : tous hommes d’Église ― convoqués par les juges, ne peut retenir une clameur à la vue de Jeanne. L’évêque demande aussitôt que l’on se taise. La foule fait provisoirement silence, mais par la suite sa rumeur revient s’interposer régulièrement entre les questions des juges et les réponses de Jeanne.
Jeanne s’avance, droite, presque raide, du mieux que lui permettent ses mains liées devant elles par des chaînes. Elle est belle, elle a le visage clair, ouvert, et le regard acéré. Elle porte l’habit d’homme : un pantalon et une veste de treillis militaires.
En face d’elle, au fond de la salle, sont assis à une grande table l’évêque Pierre Cauchon, Jean Lemaître, le promoteur Jean d’Estivet et Jean Beaupère entourés de leurs assistants. Sur le côté, une table de plus petite dimension accueille le greffier Martin Ladvenu, en charge de consigner et d’établir les minutes du procès. Ladvenu est habillé dans l’épaisse robe de bure propre à l’ordre monacal auquel il appartient, et travaille à l’aide d’un ordinateur.
L’évêque, avec bienveillance : — Nous, évêque, nous vous prions de dire la vérité tant pour l’abréviation de ce procès que pour la décharge de votre conscience.
Jeanne articule sans qu’on l’entende très bien : — Je ne sais pas sur quoi vous voulez m’interroger, mais il y a des choses que je ne vous dirai pas.
L’évêque, surpris : — Vous devez dire la vérité à votre juge !
Jeanne, clairement cette fois : — Je dirai la vérité, mais je ne dirai pas tout.
L’évêque insiste : — Jurez de dire la vérité sur ce qui concerne la foi catholique et sur tout ce qui vous sera demandé.
Jeanne : — Il y a des révélations que je ne révélerai pas, même si l’on devait me couper la tête.
L’évêque : — Nous vous admonestons et vous requérons de vouloir prêter serment de dire la vérité sur tout ce qui touche notre foi.
Jeanne baisse la tête et reste silencieuse.
L’évêque : — Jurez de dire la vérité.
Jeanne : — Je le jure.
Un carton présente les noms et titres des juges ainsi que les noms des acteurs qui leur correspondent. Il est l’occasion de pointer la qualité et la gravité des hommes auxquels Jeanne va devoir faire face :
Le Président du tribunal : Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, docteur en théologie
Le vice-inquisiteur : Jean Lemaître, professeur en Écriture Sainte
Le substitut : Jean Beaupère, docteur en théologie
Le promoteur de la cause : Jean d’Estivet, docteur en théologie
Puis un second carton présentant le greffier :
Le greffier : Martin Ladvenu, moine notaire
Tandis qu’on lit ce générique, se font entendre les voix des juges saisies quelques minutes avant l’ouverture de la séance. Sur fond de bruits de chaises, de vêtements frottés, et de papiers manipulés, nous assistons à leurs préparatifs : sous l’autorité du président Cauchon, ils révisent une dernière fois les rôles qui leur reviennent, et la façon de débuter les interrogatoires. Afin de ne pas être entendus du public proche, ils parlent à voix retenue, sans toutefois chuchoter :
L’évêque : — D’Estivet, avez-vous préparé la note que je vous ai demandée ?
D’Estivet : — Elle est là. J’en ai fait faire une copie pour chacun.
Jean d’Estivet se tourne vers Martin Ladvenu : — Greffier, vous voulez bien distribuer les copies du rapport…
Jean Lemaître, recevant sa copie : — Merci.
L’évêque : — Immédiatement après le serment, nous interrogerons l’accusée sur son apprentissage de la foi. Beaupère, vous m’assisterez pour ça.
Jean Beaupère, acquiescant : — Mmmh.
Jean Lemaître : — Combien de temps avons-nous ce matin ?
L’évêque : — Très peu. Je compte que la séance soit courte. Ensuite nous reprendrons demain pour une journée complète.
En arrière-plan de ces paroles, nous saisissons quelques bribes faiblement audibles d’un dialogue noué en aparté entre Jean Beaupère et Jean d’Estivet :
Jean Beaupère : — Que ce soit clair : je compte faire de la question des voix le point central du procès. Pour moi tout est là. J’en ai déjà parlé à l’évêque.
D’Estivet : — Et la question militaire ? Que comptez-vous faire du génie tactique et de l’inspiration miraculeuse ?
Jean Beaupère : — C’est une question secondaire qui se rattache à la première. Écoutez : lorsque nous aurons déterminé si Jeanne a affaire à des voix spirituelles ou à des voix physiques…
D’Estivet, l’interrompant : — Chut ! écoutez…
En effet, l’évêque Cauchon reprend la parole pour s’adresser à l’ensemble de ses confrères : — La note qu’on vient de vous distribuer servira de trame au procès. Je vous demande de la suivre et de ne pas trop vous en écarter. Après les séances, on se retrouvera tous les soirs pour le repas. On reverra à ce moment-là le déroulement de la journée, et on décidera des points à éclaircir le lendemain. Se tournant vers Martin Ladvenu : Greffier, vous mettrez en ordre vos transcriptions chaque soir. Je compte sur vous pour les annoter et m’en rendre compte le matin avant la reprise.
Retour à l’image de la salle du procès, et poursuite du premier interrogatoire de Jeanne :
L’évêque : — Quel est votre nom ?
Jeanne : — Mon nom est Jeanne.
D’Estivet : — Où avez-vous été baptisée ?
Jeanne : — Dans l’église de Domremy.
Jean Beaupère : — Quel prêtre vous a baptisée ?
Jeanne : — Maître Jean Minet, à ce que je crois.
L’évêque : — Qui vous a appris votre croyance ?
Jeanne : — De ma mère j’ai appris le Pater noster, l’Ave Maria et le Credo.
L’évêque : — Dites le Pater noster.
Jeanne refuse d’obtempérer. Elle baisse la tête et se bute soudain.
L’évêque : — Vous devez dire le Pater noster.
Jeanne relève la tête et fait face : — …
L’attitude de Jeanne incite l’évêque à mettre ici le terme à la première séance : — Nous, évêque, interdisons à Jeanne de sortir des prisons qui lui ont été assignées sous peine d’être convaincue du crime d’hérésie.
Jeanne relève la tête et fait face : — Je n’accepte pas cette accusation.
Spontanément, Jean Beaupère intervient : — Vous avez déjà tenté par ailleurs et par plusieurs fois de vous échapper.
Jeanne, fièrement : — Comme tout prisonnier en a le droit.
3. La salle d’audience — intérieur jour
Assis à sa table de travail, le greffier prend note des moindres répliques, questions, réponses, des juges et de Jeanne. Entièrement dédié à son travail, il fait montre d’une grande concentration. Lorsqu’il le peut, il relève néanmoins la tête pour observer rapidement celui ou celle qui prend la parole.
L’évêque, à la cantonnade : — La séance est ouverte. Puis aux gardes : Faites asseoir le public. De nouveau à la cantonnade : Que le vice-inquisiteur interroge Jeanne.
Jean Lemaître : — Quand avez-vous commencé à entendre ce que vous appelez vos voix ?
Jeanne : — Quand j’avais l’âge de treize ans. Et la première fois j’ai eu grand peur. J’ai entendu la voix du côté droit, vers l’église. Il y avait une grande clarté. En vérité il y a toujours clarté où j’entends la voix. Après trois fois, je reconnus la voix d’un ange. Elle me disait qu’il fallait partir et que je lèverai le siège devant la cité d’Orléans.
Jean Lemaître : — Entendez-vous souvent cette voix ?
Jeanne : — Oui. Il n’est jour que je ne l’entende. Et même j’en ai bien besoin.
Jean Lemaître : — L’avez-vous entendue hier ?
Jeanne : — Hier et aujourd’hui.
Intervient Jean Beaupère : — Cette voix vient de Dieu ?
Jeanne : — Je crois fermement qu’elle vient de Dieu. Et par son ordre.
Jean Beaupère : — Cette voix que vous dites vous apparaître, est-elle un ange, ou vient-elle de Dieu immédiatement ? Ou est-ce la voix d’un saint ou d’une sainte ?
Jeanne : — Cette voix vient de par Dieu. Un silence. Je ne vous en dirai pas plus.
Le public réagit aussitôt à cette réponse. L’évêque essaie de faire taire les éclats de voix qui s’élèvent :
L’évêque : — Silence dans la salle ! Je demande aux assesseurs de se taire !
4. La salle d’audience — intérieur jour
La séance reprend après que les réactions du public aient causé son interruption.
L’évêque à la cantonnade : — L’interrogatoire reprend. Nous ne tolèrerons aucune intervention de la salle. J’attends des assesseurs qu’ils tiennent leur rang. Donnant la parole à Jean Lemaître : Lemaître poursuivez.
Jean Lemaître : Pourquoi portez-vous habit d’homme ?
L’attitude de Jeanne s’est radicalement modifiée. Son visage est désormais fermé, entre dureté et indifférence.
Jeanne : — Passez outre.
Jean Lemaître : Voulez-vous avoir habit de femme ?
Jeanne, d’un ton provocateur : — Donnez-m’en un, je le porterai et m’en irai.
Jean Lemaître, surpris : — Vous ne pouvez sortir de ces prisons.
Jeanne, avec une fierté insolente : — Alors je ne le prendrai pas. Je suis contente de celui-ci. Il plaît à Dieu que je le porte.
Jean d’Estivet : — Vos voix vous ont-elles dit que vous seriez délivrée de prison ?
Jeanne : — Ce n’est pas de votre procès.
L’évêque intervient pour convaincre Jeanne de collaborer : — Cela touche le procès.
Mais Jeanne ne répond pas.
Jean d’Estivet reformule sa question : — Votre conseil vous a-t-il dit que vous seriez délivrée de la prison où vous êtes en ce moment ?
Jeanne, inflexible : — Il faudra bien pourtant un jour que je sois délivrée.
Jean Beaupère, reprenant son questionnement où d’Estivet l’avait interrompu : Croyez-vous que se serait un délit ou un péché d’abandonner l’habit d’homme ?
Jeanne, fière encore : — Je fais mieux d’obéir à mon souverain Seigneur, à savoir Dieu.
Jean Beaupère : Par la voix de quel saint Dieu vous a-t-il révélé de prendre habit d’homme ?
Jeanne, se refermant définitivement : — Vous n’aurez autre chose de moi maintenant.
Un silence durant lequel l’évêque observe Jeanne.
L’évêque : — Conduisez l’accusée en cellule. Nous reprendrons l’interrogatoire demain matin.
5. La tour — intérieur jour
Jeanne, conduite par Martin Ladvenu, monte les marches de l’escalier qui mène à sa cellule. Ladvenu ouvre la porte, laisse entrer Jeanne puis actionne la serrure pour l’enfermer.
6. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur jour
Jeanne s’assoit sur son lit, accablée par cette première audience.
7. La tour — intérieur jour
Le greffier observe Jeanne très brièvement par l’un des œilletons, avant de continuer à monter, tête basse, l’escalier.
8. La cellule du greffier — intérieur nuit
Le greffier entre dans sa cellule et approche de sa table de travail dans l’obscurité. Il tend la main vers sa lampe de bureau, en actionne l’interrupteur, puis pose sur la table l’ordinateur qui lui sert à prendre les notes au cours des séances. Il l’allume et se met au travail. Il remet en ordre ses notes, les développe, les réécrit.
9. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur nuit
L’évêque Pierre Cauchon et le vice-inquisiteur Jean Lemaître épient Jeanne au travers des ouvertures ménagées dans la porte de sa cellule. Ils dialoguent à voix basse afin de ne pas être distinctement entendus de la prisonnière. De celle-ci ils aperçoivent d’ailleurs peu de choses, quelques gestes familiers.
L’évêque : — Doit-on absolument la garder enchaînée ?
Jean Lemaître : — Avant d’être amenée ici, elle a déjà tenté de s’évader…
L’évêque, pensif : — Mmmh…
Jean Lemaître : — Il semblerait surtout qu’elle ait profité de cette évasion pour tenter de se suicider.
L’évêque : — Je ne crois pas qu’elle recommence. C’est différent maintenant. Silence. Ce ne sont pas les chaînes qui la contraindront. Il n’y a que par la précision et la justesse de nos questions qu’on la forcera à se révéler. Dès l’audience de demain, je la veux libre de ses mouvements. Faites-la détacher avant le repas.
10. La salle d’audience — intérieur matin
Le greffier, invariablement assis à sa table, écoute la première question du juge en fixant Jeanne avec intensité. L’évêque tente une fois de plus d’obtenir de Jeanne un serment de vérité.
L’évêque : — Nous vous requérons Jeanne de prêter serment de dire la vérité sur ce qui touche le procès. Jurez simplement et absolument !
Jeanne, impénétrable, dévisage son juge en gardant le silence.
L’évêque : — Vous vous rendez suspecte en ne voulant jurer de dire la vérité.
Jeanne s’assoit sans répondre.
Jean Lemaître, l’inquisiteur : — Comment vous êtes-vous portée depuis hier ?
Jeanne : — Le mieux que j’ai pu.
Jean Lemaître : — Depuis hier, avez-vous entendu la voix ?
Jeanne : — Oui.
Jean Lemaître : — L’avez-vous entendue dans cette salle où on vous interroge ?
Jeanne : — Oui, je l’ai entendue. Mais je ne l’ai pas bien comprise jusqu’à ce que je sois retournée dans ma chambre.
L’évêque : — Que vous a dit la voix dans votre chambre ?
Jeanne : — Je lui ai demandé conseil sur les questions que vous me posiez.
Jean Lemaître : — Que vous a t-elle répondu ?
Jeanne : — Passez outre.
Jean Beaupère : — Est-ce Dieu qui vous a prescrit de prendre habit d’homme ?
Les juges questionnent tour à tour sur un rythme qui va s’accélérant. Jeanne se tourne chaque fois vers son nouvel accusateur et lui fait face avec vigueur et détermination. Son corps et son visage laissent entrevoir la force qui fut la sienne au moment des batailles.
Jeanne : — Oui. Mais l’habit est peu de chose.
Jean Beaupère : — Vous semble-t-il que ce commandement est licite ?
Jeanne : — Tout ce que j’ai fait est par le commandement de Dieu. S’il me prescrivait d’en prendre un autre, alors je le prendrais.
L’évêque : — Y avait-il de la lumière quand vous avez reçu ce commandement ?
Jeanne : — Oui, beaucoup de lumière et de toute part.
L’évêque : — À Orléans portiez-vous un étendard ?
Jean Beaupère : — Comment était-il ?
Jeanne : — Blanc, avec les noms “Jésus-Maria” écrits.
Jean Beaupère : — Aimiez-vous mieux votre étendard ou votre épée ?
Jeanne : — J’aimais beaucoup plus, voire quarante fois, mon étendard.
L’évêque : — Qui portait l’étendard ?
Jeanne : — Je portais moi-même l’étendard.
Jean Beaupère : — Saviez-vous que vous seriez blessée par une flèche au cours du siège d’Orléans ?
Jeanne : — Oui.
Jean Beaupère : — Comment le saviez-vous ?
Jeanne : — Par mes voix. Mais je devais continuer mon ouvrage. J’étais sûre de lever le siège d’Orléans.
L’évêque : — L’interrogatoire est repoussé à dans deux jours pour étudier les réponses de l’accusée.
En dépit de la combativité dont elle a fait preuve durant cet assaut, Jeanne est troublée. Ses juges ont su toucher soudain à quelques uns des points qui lui sont les plus chers. Son regard se fait vague. Pour ne pas vaciller, elle ferme les yeux un instant, puis les ayant rouverts fait volte-face et met d’elle-même un terme à la séance en se dirigeant d’autorité vers la sortie. Elle est bientôt rattrapée par le greffier qui entreprend de l’escorter vers sa cellule.
11. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur nuit
Jeanne, assise sur son tabouret, prend son maigre repas. Elle est observée par deux juges.
L’évêque : — Avait-elle son épée lorsqu’elle a été arrêtée ?
D’Estivet : — Elle n’avait pas sa propre épée. Elle en avait une autre qu’elle avait prise à l’ennemi. C’était une bonne épée de guerre.
L’évêque : — Et elle n’a tué personne ?
D’Estivet : — Elle dit que non.
L’évêque : — Quels sont les témoignages sur ce point ?
D’Estivet : — Personne ne l’a vue blesser ou tuer qui que ce soit. En revanche, elle s’est montrée partout en cotte de maille et en armes. Elle s’est présentée à tous ― elle s’est présentée même au Roi ― comme le bras armé de Dieu.
L’évêque : — L’impudente… Bref silence : « Le bras armé de Dieu »… elle a prétendu assumer à elle seule la tâche de l’Église… Il faudra aussi l’interroger sur ces points.
12. La cellule du greffier — intérieur jour
Le greffier se remet au travail sur le texte des minutes. Il doit achever la rédaction d’un passage dont on lui a demandé de faire une lecture publique l’après-midi même, au cours de la prochaine audience. Il s’agit essentiellement d’un travail de relecture pour lequel Ladvenu se réfère aux notes qu’il fait défiler sur son écran et, pour certaines citations, se réfère à une Bible ouverte juste à côté. Durant tout ce temps, on entend la voix intérieure de Ladvenu lire pour lui-même (il lit aussi bien les répliques que les noms de ceux qui les prononcent) :
Voix intérieure de Martin Ladvenu : — « Jeanne : — J’ai eu aussi confort de saint Michel.
Jean Lemaître : — Est-ce la voix de saint Michel que vous avez entendu la première fois ?
Jeanne : — Je ne vous parle pas de voix mais de réconfort.
Jean Beaupère : — Est-ce lui que vous avez vu pour la première fois ?
Jean Lemaître : — Était-il seul ou accompagné d’anges ?
Jeanne : — Je les ai vu avec les yeux de mon corps, comme je vous vois.
Et quand ils sont partis, je pleurais ; et j’aurai voulu qu’ils m’emportent avec eux.
Jean Beaupère : — Comment était saint Michel ?
Jeanne : — Vous n’aurez pas ça de moi aujourd’hui.
L’évêque : — Comment savez-vous que cette révélation vient de Dieu et que ça soient sainte Catherine et sainte Marguerite qui vous parlent ?
Jeanne : — Je vous ai assez dit que ce sont elles. Croyez-moi si vous le voulez. »
Puis, ayant terminé sa lecture, il entreprend de réécrire ce passage :
Voix
intérieure de Martin Ladvenu : — « Septième
jour du procès : Interrogée qui était la
première voix qui vint en elle à l’age de 13 ans
– virgule – répond que ce fut Saint-Michel qu’elle
vit devant ses yeux – point-virgule – et il n’était
pas seul – point-virgule – mais était bien
accompagné d’anges du ciel – point –
Et
dit outre qu’elle ne vint en France outre le commandement de
Dieu – point –
Interrogée si elle vit
Saint-Michel et les anges corporellement et formément –
virgule – répond – deux point, ouvrez les
guillemets – Je les vis de mes yeux corporels – virgule –
aussi bien que je vous vois – point fermez les guillemets
Et
quand ils la quittèrent – virgule – elle pleurait
et eût bien voulu qu’ils l’eussent emportée
– point – »
13. La salle d’audience — intérieur jour
Au cours de l’audience, le greffier est appelé à relire à voix haute pour les juges et le public une partie du texte des minutes qu’il a établi.
Le greffier : — Interrogée comment elle sait que la chose qui lui apparaît est homme ou femme, elle répondit qu’elle le sait bien et les connaît à leurs voix et qu’elles le lui ont révélé. Elle ne sait rien que ce ne soit par révélation ou commandement de Dieu.
Interrogée quelle figure elle voit là, elle répondit qu’elle voit le visage. Interrogée si ces saintes qui lui apparaissent ont des cheveux, elle répondit : « C’est bon à savoir.» Interrogée si les cheveux étaient longs et pendants, elle répondit : « Je n’en sais rien. » Elle dit aussi qu’elle ne sait s’il y avait quelque chose comme bras et membres figurés. Item elle dit que les saintes parlaient excellemment et très bellement et elle les comprenait très bien.
Interrogée comment elles parlaient puisqu’elles n’avaient pas de membres, elle répondit : « Je m’en rapporte à Dieu. » Item elle dit que cette voix est belle et douce.
Interrogée si son conseil lui avait promis qu’elle serait délivrée de la prison où elle se trouve, elle répondit qu’elle serait délivrée un jour. Interrogée sur la façon et le moment où elle serait délivrée, elle répondit : « Je m’en attends à Notre-Seigneur qui en fera son plaisir. » Dit en outre : « Je ne sais ni l’heure ni le jour. Le plaisir de Dieu soit fait. »
14. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur nuit
L’évêque Pierre Cauchon, Jean Beaupère et Jean Lemaître dialoguent avec gravité derrière la porte de Jeanne :
Jean Beaupère, comme à contre-cœur : — Les réponses qu’elle fait sont celles d’une sainte.
Jean Lemaître : — Aucun saint n’a erré en dehors l’Église comme elle le fait.
L’évêque : — Il n’y a pas de sainteté, il n’y a pas de salut en dehors l’Église. Il n’y a que l’égarement ou la folie. Silence. Toujours cette réticence à répondre à nos questions…
Jean Beaupère : — Je ne crois pas qu’elle entende vraiment nos questions.
L’évêque avec un début d’impatience : — Elle est donc si loin ?
Jean Beaupère, presque pour lui-même : — Elle est loin… Extrêmement loin.
L’évêque, avec sévérité comme un rappel à l’ordre : — Il faudra bien la ramener à nous !
15. La cellule du greffier — intérieur nuit
Retourné très tard dans sa cellule, Martin Ladvenu reprend le travail solitaire et ingat de la transcription. Il est las, fatigué, et bientot gagné par le sommeil, il dodeline de la tête et s’assoupit devant l’écran. Vaincu enfin, il se lève pour se diriger vers son lit.
16. La salle d’audience — intérieur jour
Dixième jour du procès. Jeanne est très tendue. En proie à une agitation qui ressemble à de l’impatiente, elle reste difficilement en place.
L’évêque : — Nous vous requérons de prêter le serment.
Jeanne : — Je suis prête de jurer, ainsi qu’autrefois j’ai juré.
L’évêque : — Que le vice-inquisiteur interroge Jeanne.
Jean Lemaître : — Avez-vous vu ou fait faire des images de vous ou qui auraient une quelconque ressemblance ?
Jeanne : — Oui, j’en ai vu faire une.
Jean Lemaître : — Quel type d’image était-ce ?
Jeanne : — Une peinture
Jean Lemaître : — Que représentait-elle ?
Jeanne : — Moi en armure, agenouillée.
L’évêque : — Montrez nous.
D’un geste unique et foudroyant, Jeanne descend soudain au sol : un genou posé sur le pavé, l’autre relevé, le torse droit, elle retrouve aussitot la pose dépeinte par le tableau. L’action, aussi inattendue que brutale, soulève des exclamations dans la salle.
L’évêque : — Relevez-vous ! Bref silence. D’Estivet, poursuivez l’interrogatoire.
D’Estivet : — Savez-vous si ceux de votre parti ont fait dire des messes et prières pour vous ?
Jeanne : — Je n’en sais rien, mais s’ils l’ont fait ils n’ont pas fait de mal.
Elle se tourne vers le greffier et le dévisage. Ladvenu croise brièvement son regard avec celui de Jeanne, puis le détourne pour fixer le juge au moment où il achève une nouvelle question :
Jean Beaupère : — Ceux de votre parti croient t-ils fermement que vous êtes envoyée par Dieu ?
Jeanne : — Je ne sais si ils le croient, mais je m’en attends à leur courage.
D’Estivet : — Pourquoi ceux de votre parti baisaient-ils vos mains, vos pieds et vos vêtements ?
À la fin de cette question, Jeanne qui jaugeait toujours le greffier tourne son visage vers le juge.
Jeanne : — Ils baisaient mes vêtements le moins que je pouvais. Mais les pauvres venaient parce que je ne leur faisais pas de déplaisir.
Nouveaux mouvements dans la salle.
Jean Lemaître : — Les femmes bonnes de la ville touchaient-elles leurs anneaux au vôtre ?
Jeanne : — Beaucoup de femmes ont touché à mes mains et à mon anneau, mais je ne sais pas leur cœur et intention.
Murmures réprobateurs du public des assesseurs.
D’Estivet : — Receviez-vous les sacrements en passant dans les villes ?
Jeanne : — Oui
Jean Beaupère : — Les receviez-vous en habit d’homme ?
Jeanne : — En habit d’homme et sans armes.
Nouveaux murmures de la salle.
D’Estivet : — Ce fut par la voix des saints que Dieu vous révéla de changer votre habit ?
Jeanne : — Vous n’aurez rien de plus aujourd’hui.
Sur un signe de l’évêque, les juges se penchent les uns vers les autres afin de former un aparté :
L’évêque : — Trop d’agitation dans la salle ! Tout est trop confus… Il suffit de deux assesseurs, un greffier, le promoteur, le substitut et vous-même…
Jean Lemaître : — Et les autres ?
L’évêque : — Je me passerai d’eux. Donnez-leur l’ordre de ne pas quitter la ville. Dès demain, nous interrogerons Jeanne dans sa cellule.
Jean Lemaître : — Pensez-vous qu’on y arrive mieux dans sa cellule ?
L’évêque, avec autorité : — Avez-vous une meilleure idée ?
17. La cellule de Jeanne — intérieur nuit
Jeanne fait les cent pas dans sa cellule. Elle va d’un mur à un autre comme un lion dans sa cage. De ce dernier, elle a la sauvagerie et l’énigmatique beauté.
18. La cellule du greffier — intérieur nuit
Martin Ladvenu, assis sur sa chaise, prie à voix basse dans la pénombre.
19. La cellule de Jeanne — intérieur matin
Premier interrogatoire privé. L’évêque et Jean Beaupère accompagnés de Martin Ladvenu font irruption dans la petite pièce, dont l’espace est soudainement saturé de corps et de voix. Jeanne assise au bord de son lit parait menacée.
L’évêque : — En quels vêtements vous est apparu saint Michel ?
Jeanne : — De ses vêtements je ne sais rien.
Jean Beaupère : — Était-il nu ?
Jeanne : — Pensez-vous que Dieu n’ait pas de quoi le vêtir ?
L’évêque : — Avait-il des cheveux ?
Jeanne : — Pourquoi les lui aurait-on coupés ?
Jean Beaupère : — Comment saviez-vous que c’était saint Michel ?
Jeanne : — Par son langage d’ange et sa façon de parler.
Jean Beaupère : — Comment saviez-vous que c’était langage d’ange ?
Jeanne : — J’ai eu la volonté de le croire.
L’évêque : — Si le démon prenait la forme d’un ange, comment sauriez-vous si c’est un bon ou un mauvais ange ?
Jeanne : — La première fois, je doutais si c’était saint Michel.
Jean Beaupère : — Pourquoi avez-vous douté la première fois alors que vous n’avez pas douté pour les suivantes ?
Jeanne : — La première fois, j’étais enfant. Depuis, il m’enseigna beaucoup de choses.
Jean Beaupère : — Que vous enseigna-t-il ?
Jeanne se tourne vers le greffier qui se tient non loin d’elle, et désigne de la tête et du regard l’ordinateur sur lequel, comme chaque jour, il ne cesse de consigner l’entretien :
Jeanne : — Une grande partie de ce qu’il m’enseigna est dans ce registre que vous tenez.
Jean Beaupère : — Acceptez-vous de prendre l’habit de femme ?
Jeanne : — Je le prendrai pour m’en aller.
L’évêque : — Jeanne, l’Église insiste et te dit que tu dois porter un habit convenable à ton sexe.
Jean Beaupère, citant de mémoire : — « Que la femme ne soit point vêtue d’un habit d’homme et l’homme d’un habit de femme, dit la Sainte Écriture, car quiconque fait ces choses est en abomination devant l’Éternel. »
Jeanne : — L’habit que j’ai, il plaît à Dieu que je le porte.
20. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur matin
Tandis que l’interrogatoire de la scène précédente se poursuit et s’achève, le greffier est observé par le vice-inquisiteur et Jean d’Estivet depuis les trous qui servent habituellement à épier Jeanne :
Jean Lemaître : — Le greffier note-t-il bien toutes les paroles de Jeanne ?
D’Estivet : — Il note scrupuleusement, je m’en suis assuré.
Jean Lemaître : — D’où vient-il ?
D’Estivet : — C’est un frère mendiant. Il nous a été recommandé.
Jean Lemaître : — Je veux le recevoir en confession.
21. La cellule du greffier — intérieur nuit
Martin Ladvenu est abîmé en prières, allongé de tout son long sur le pavé froid de sa cellule, face tournée contre le sol, les bras en croix.
22. La cellule de Jeanne — intérieur nuit
Jeanne est assise sur son lit. Elle ne porte plus son habituelle veste de treillis kaki, seulement un t-shirt. Nous saisissons une bribe d’interrogatoire :
D’Estivet : — Est-ce que vous avez promis à vos voix de garder votre virginité ?
Jeanne : — Oui.
D’Estivet : — Si vous perdez votre virginité, pensez-vous que vos voix ne viendraient plus ?
Jeanne : — Cela ne m’a pas été révélé.
D’Estivet : — Et si vous étiez marié ?
Jeanne : — Je ne sais pas.
D’Estivet : — Vos voix ne vous ont-elles point appelée Fille de Dieu, ou Fille de l’Église ?
Jeanne : — Elles m’appellent Jeanne la Pucelle, fille de Dieu.
D’Estivet : — Vous êtes partie de chez votre père et de votre mère sans les prévenir. Pensez-vous que ce soit bien ?
Jeanne : — Dieu me le commandait. Si j’avais eu cent pères et cent mères, je serais partie.
23. La cellule de Jeanne — intérieur jour
Les interrogatoires se poursuivent en cellule. Alternance de plusieurs moments. Séquence musicale.
24. La cellule du greffier — intérieur nuit
En montage alterné avec la scène précédente, Martin Ladvenu examine les livres posés sur une étagère qui composent sa maigre bibliothèque. Il s’empare de l’un d’entre eux. Il s’agit d’un ouvrage sur la vie monastique et ses règles, qu’il feuillette à la recherche de gravures. Celles-ci représentent des moines célèbres devenus saints : saint Jérôme, saint Chrysostome, etc. Tous renvoient à Ladvenu, en miroir, l’image du religieux absorbé dans la lecture, l’étude et la prière.
25. La salle d’audience — intérieur jour
Douzième jour du procès. Le greffier, faisant face debout au public du tribunal, résume une partie des interrogatoires qui se sont déroulés dans le huis clos de la cellule.
Le greffier : — « Ladite Jeanne. Interrogée si elle veut se mettre de tous ces dits et faits en bien ou en mal à la détermination de notre sainte mère l’Église, répond qu’elle aime l’Église et qu’elle voudrait la soutenir de tout son pouvoir pour notre foi chrétienne…
…Item, lui fut déclaré qu’il y a deux Églises : l’Église triomphante où sont Dieu, les saints, les anges et les âmes sauvées ; et l’Église militante, où est notre saint-père le pape, vicaire de Dieu en Terre, les cardinaux, les prélats de l’Église et le clergé, et tous bons chrétiens et catholiques…
…Et exhortée à répondre simplement et absolument si elle est sujette de l’Église qui est sur Terre…
…Et questionnée si c’est par le commandement de ses voix qu’elle a reçu ordre de ne point se soumettre à l’Église militante qui est sur terre, elle répond : « Elle ne me commandent pas que je n’obéisse pas à l’Église. »
26. La cellule de Jeanne — intérieur jour
En montage alterné avec la scène précédente, cette question des juges et quelques réponses de Jeanne :
L’évêque : — Voulez-vous vous en rapporter à l’Église militante, celle qui est ainsi déclarée ?
Jeanne : — Je suis venue de par Dieu et l’Église victorieuse de là-haut. À cette Église-là, je soumets tout ce que j’ai fait et tout ce que j’ai à faire. Notre-Seigneur premier servi…
27. La cellule de Jeanne — intérieur crépuscule
Une robe simple et grossière pend à un cintre dans la cellule de Jeanne. Elle recoit la visite de Jean Beaupère, venu seul la haranguer :
Jean
Beaupère : —
Jeanne, tu es une bonne fille : prends ce vêtement !
Une pause… Tu
introduis la division par ton refus. Tu introduis la division dans
l’Église qui est une, qui doit rester une. Le peuple
préfère t’écouter toi plutôt
qu’écouter l’Église. Par ta faute, le
peuple se sépare de l’Église.
Prends cette
robe et ne te sépare plus. Il n’y a qu’une seule
sorte de saints. Il n’y a qu’une seule forme de sainteté.
Tu peux choisir maintenant. En endossant cette robe tu peux revenir à
la seule sainteté… Réfléchis Jeanne…
28. La cellule du greffier — intérieur jour
Martin Ladvenu se tient les genoux contre le pavé froid et les coudes posés sur son lit sévère : il prie avec intensité. Peu à peu pourtant, il est déconcentré par les bruits répétés que laisse filtrer le mince fenestron percé dans l’un des murs de sa cellule. Bientôt, il abandonne sa prière et cherche à identifier les sons. Coups de marteaux, bois choqués, sifflement des perceuses : c’est le chantier de l’échafaud que l’on dresse pour Jeanne sur la grand place de Rouen.
29. À la porte de la cellule de Jeanne — intérieur jour
D’Estivet et l’évêque Cauchon dialoguent à voix sourde derrière la porte de Jeanne :
L’évêque, préoccupé : — Nous ne pouvons pas fléchir… C’est capital.
Jean d’Estivet : — Et si elle s’obstine ?
L’évêque : — Ce sera le bûcher… Bref silence. Qu’a-t-elle dit de la robe que nous lui avons offerte ?
Jean d’Estivet : —<